l'inouï #1
Introduction à FAMA de Furrer
Le travail de Philippe Leroux
Sommaire du n° 2
Sommaire du n° 1
Rédaction
Actualités
fleche_langueVersion françaiseEnglish version not availableVersion imprimable

Les jeux de la perspective

(en guise d'introduction)

Le titre Perspectivae sintagma est inspiré d'un ouvrage du XVIe siècle : Perspectiva corporum regularium de Wentzel Jamnitzer, publié à Nuremberg en 1568. Il s'agit d'un volume où sont représentées des séries de variations d'images géométriques (aujourd'hui édité en fac-similé avec une préface d'Albert Flocon par Gutenberg Reprints, Paris, 1981). Plus précisément, la première partie du volume est subdivisée en cinq sections (appelées A, E, I, O, U), auxquelles correspond un élément de la nature (feu, air, terre, eau, ciel) et, dans chaque section, on trouve un frontispice suivi de vingt-quatre perspectives de la même image groupées en quatre planches de six figures chacune.

Fig. 1 Une page de la section A de Perspectiva corporum regularium de Wentzel Jamnitzer (Nuremberg 1568)

Reprise dans la pièce, cette structure est articulée en cinq parties (aussi nommées A, E, I, O, U), à leur tour subdivisées en cinq sections (i-v) plus une sixième (w) où le piano ne joue pas. Mais, au-delà de cette référence presque anecdotique dans l'articulation de l'oeuvre, ce qui est important ici, c'est la suggestion d'une pensée structuraliste : ces images n'ont un sens que dans la relation de l'une par rapport aux autres. Chaque image est la variation de la précédente (ii est la variation de i, iii est la variation de ii, etc.).

Fig. 2 Schéma formel de Perspectivæ sintagma I

Cette pensée nous renvoie d'emblée à la musique sérielle et postsérielle, à l'idée qu'un matériau de départ puisse déterminer les paramètres musicaux - ou une partie d'entre eux. Dans cette musique, le matériau initial (la série, par exemple) est lu sous des perspectives différentes et génère ainsi un nouveau matériau qui peut garantir, d'un point de vue harmonique, une unité d'écriture. Toutefois, Perspectivæ sintagma est une pièce de 1997, écrite par un compositeur qui appartient à une autre génération : en quel sens et à quel niveau l'auteur peut-il avoir hérité de cette pensée ?

Dans le sous-titre de l'oeuvre, l'auteur suggère une autre piste très significative : il est question de repérer dans cette pièce des canons. Là aussi, nous sommes immédiatement renvoyés aux racines de la musique sérielle, aux Variations op. 30 et à la Cantate op. 31 d'Anton Webern, ou encore aux canons cachés des Variazioni Canoniche de Luigi Nono. Mais c'est justement en cherchant à repérer les formes de canons utilisées dans la pièce de Pauset que l'on aperçoit l'originalité de la pensée musicale du compositeur par rapport aux maîtres de la musique sérielle, à commencer par le rôle joué par l'informatique. En effet, le canon principal, le seul à pouvoir être deviné à l'écoute, se développe entre le piano (sujet) et les sons de synthèse (réponse) qui sont générés par l'ordinateur en fonction de l'interprétation du pianiste : on se trouve face à un canon aléatoire, arbitre de la poursuite entre ces deux univers sonores (l'univers acoustique et son imitation à l'ordinateur). Nous allons donc engager l'analyse de la pièce par l'étude de ce premier canon.

 [1 [2]  [3]  [4]  [5]  [6]  [7]  [8]  [9]  [10] 
haut de page

Perspectivae Sintagma I

[1] Les jeux de la perspective
[2] Le canon, une arrière-pensée
[3] Matériaux harmoniques
[4] Les canons
[5] Articulations du temps
[6] Le canon et la mélancolie
[7] Suggestions du timbre
[8] La voix informatisée du piano
[9] Conclusion
[10] Glossaire