l'inouï #1
Introduction à FAMA de Furrer
Le travail de Philippe Leroux
Sommaire du n° 2
Sommaire du n° 1
Rédaction
Actualités
fleche_langueVersion françaiseEnglish version not availablePrintable Version

Le canon et la mélancolie

Comment oublier le cours du temps ?

Comme on a pu le voir, il ne s'agit à aucun moment dans cette pièce d'un vrai canon : il n'y a pas de sujet reconnaissable et il n'y a pas de réponse identifiable. En effet, on se trouve face à une idée bien particulière de canon, celle d'un processus qui met en rapport deux facteurs : une voix en relation à une autre voix (informatique et piano), une série qui se tranforme pour cibler une autre série (et cela à plusieurs niveaux), deux valeurs (quantité et qualité) idéalement mises en relation. De ce point de vue, la forme de canon la plus proche est certainement celle des canoni mensurali des maîtres flamands de la Renaissance, où une cellule musicale exposée par une voix était reprise et élaborée par les autres (par augmentation, diminution des durées ; lue retrogradée, renversée et ainsi de suite). Dans Perpectivae, même si cette technique n'est pas utilisée telle quelle, le principe de mettre en rapport proportionnel toutes les voix qui constituent la partition est suivi. Il est ici, bien sûr, surtout question de rassembler dans un même processus des éléments totalement différents, comme le rapport entre les degrés tonaux d'un sujet de fugue avec les intervalles qui le constituent ; une relation qui génère non seulement les hauteurs du canon, mais aussi les mesures et les durées. Mais, si on va au-delà de la constatation, on peut voir aussi le recours à ce processus sous un angle poétique. En effet, l'idée du canon en tant que proportion où la rencontre entre numérateur et dénominateur (le sujet et la réponse) est toujours remise à plus loin, n'est pas liée à un côté mélancolique, d'ailleurs non caché par l'auteur, qui voudrait essayer de suspendre le cours du temps (la fin toujours remise à plus tard) ? Et le fait de détacher l'articulation rythmique de la pulsation n'amène pas la même volonté (on oublie le cours du temps) ? Et si on arrive à oublier le temps qui passe, quel sera l'objet de nos méditations ? L'une des réponses suggérées par Brice Pauset semble être : l'infinie variation des couleurs du son.

 [1]  [2]  [3]  [4]  [5]  [6 [7]  [8]  [9]  [10] 
to top

Perspectivae Sintagma I

[1] Les jeux de la perspective
[2] Le canon, une arrière-pensée
[3] Matériaux harmoniques
[4] Les canons
[5] Articulations du temps
[6] Le canon et la mélancolie
[7] Suggestions du timbre
[8] La voix informatisée du piano
[9] Conclusion
[10] Glossaire