l'inouï #1
Introduction à FAMA de Furrer
Le travail de Philippe Leroux
Sommaire du n° 2
Sommaire du n° 1
Rédaction
Actualités
fleche_langueVersion françaiseEnglish version not availablePrintable Version

Le canon, une arrière-pensée

Précisons pour commencer que le canon ne concerne pas les premières sections de chaque partie (Ai, Ei, Ii, Oi, Ui), sections que l'auteur qualifie d'introductives et qui, comme on le verra, possèdent une organisation harmonique autonome. Néanmoins, ces introductions sont indispensables au démarrage du canon. En effet, grâce à un suiveur de partition, l'ordinateur relève si l'interprétation du pianiste est "juste", ou au contraire en avance ou en retard par rapport au tempo prévu. Les données ainsi recueillies sont des chiffres négatifs si le pianiste est en avance, égaux à zéro lorsqu’il est au tempo juste, positifs s’il est en retard. Ces chiffres forment une série ; par exemple : (-5 1 -4 2 6 4). Cette série est utilisée par l'ordinateur pour générer les durées de sa réponse au sujet proposé par le piano : les valeurs positives donnent des durées, les valeurs négatives des silences (le chiffre 0 est lu comme 1). À ce point entre en jeu un concept que l'on retrouve tout au long de la pièce et à tous les niveaux : le ciblage. Cela signifie que l'ordinateur ne lit pas simplement cette série et, surtout, qu'il ne la prend pas comme point de départ pour une élaboration sérielle. Au contraire, il l'utilise comme cible, comme point d'arrivée. C'est ainsi que l'ordinateur conçoit, avec ces chiffres, des permutations jusqu'à retrouver l'ordre de la "série mère". Il faut souligner que les permutations ne sont pas gouvernées par une logique mathématique, mais qu'elles sont le fruit du hasard. Par exemple, avec la série déjà citée, l'ordinateur peut produire :

Fig. 3 Permutations : les chiffres en rouge appartiennent à l'ordre de la série ciblée.

À chaque permutation correspond une mesure. Par conséquent, chaque série est déchiffrée en proportion de la durée de chaque mesure. La voix de l'ordinateur démarre toujours une mesure après le piano, ce qui explique la section finale de récupération (w). Le timbre de cette voix est formé par des sons de synthèse très proches de ceux du piano (il y manque les transitoires d'attaque). Il s'agit donc d'un canon à deux voix similaires (mais pas tout à fait égales), dont la seconde changera de profil rythmique à chaque exécution, d'après des paramètres variables dictés par les aléas de l'interprétation : voilà pourquoi on parle de canon aléatoire.

Il faut souligner ici que les permutations lues par l'ordinateur déterminent les durées mais n'indiquent pas les notes des réponses. Ces dernières sont reprises d'une ligne de la partition pour piano, ou mieux, elles ne représentent que quelques notes insérées dans une écriture conçue à plusieurs niveaux, que nous examinerons dans le paragraphe suivant.

 [1]  [2 [3]  [4]  [5]  [6]  [7]  [8]  [9]  [10] 
to top

Perspectivae Sintagma I

[1] Les jeux de la perspective
[2] Le canon, une arrière-pensée
[3] Matériaux harmoniques
[4] Les canons
[5] Articulations du temps
[6] Le canon et la mélancolie
[7] Suggestions du timbre
[8] La voix informatisée du piano
[9] Conclusion
[10] Glossaire