l'inouï #1
Introduction à FAMA de Furrer
Le travail de Philippe Leroux
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Sur la grève

Bernard Stiegler

Cet Avis de tempête est la musique de notre temps : voici ce que je me suis dit en sortant de l’Opéra de Lille, le 17 novembre 2004. C’est-à-dire une musique où se joue à nouveaux frais et de façon absolument inouïe la question de l’inattendu et de l’inouï en quoi il consiste, mais de telle sorte que cet inouï-là procède de l’explosion de tous les horizons d’attente et de ce qu’il reste pourtant d’attente quand il n’y a plus d’attente, pour tant.

Or, parce que la conscience, temporelle, agence sans cesse des rétentions et des protentions, et n’est conscience, c’est-à-dire attention, qu’à cette condition, il y a toujours des rétentions faisant office d’horizons d’attente, même là où tout est fait pour les mettre en échec et faire en sorte que l’inattendu surgisse : là où il n’y en a pas, l’attention les invente, les fantasme, les créé, et c’est en cela que toute écoute est créatrice. D’une certaine manière, plus ces horizons font défaut, plus il les faut à tout prix, et il faut toujours déjà ou encore des rails pour faire dérailler, dans l’écoute qui attend, toute guidée par ses attentes les plus inattendues, l’inouï donc où ça déraille.

Car on ne déraille pas comme ça (même Achab, surtout Achab ne déraille pas "comme ça") : dérailler s’apprend (s’attend), comme par exemple on apprend à tomber.

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